
Mais quelle est cette méthode, qui, une fois reconnue, transforme le chaos apparent des écritures saintes en cosmos ? Śaṅkara a été apparemment le premier, après Gauḍapāda, à y faire référence dans son commentaire (bhāshya) de la Gītā. On peut inférer du passage suivant que cette méthode était déjà employée avant lui en vue de percer la nature de la Réalité [ultime] :
« On trouve cette maxime célèbre chez les vrais connaisseurs de « l’unique méthode traditionnelle » de l’Advaita Vedānta : « ce qui est au-delà de toute description peut être [paradoxalement] décrit avec précision en utilisant la méthode unique de surimposition délibérée suivie de négation. » »[1]
Surimposition (adhyārōpa) veut dire littéralement superposer une chose sur une autre [et donc] imputer à tort la nature ou les propriétés de l’une sur l’autre. C’est un postulat du Vedānta, qu’en raison d’une tendance naturelle de l’esprit humain, une surimposition sans-commencement, appelée avidyā, nous conduit à considérer la Réalité comme affligée de distinctions multiples. Maintenant, en vue de rééduquer l’esprit pour qu’il voit le Réel tel qu’il est, les Upanishad utilisent de manière uniforme la méthode ci-mentionnée de la surimposition délibérée ou de l’attribution provisoire suivie de négation ou d’abrogation (adhyārōpa-apavāda). »
Extrait de Comment Reconnaître la Méthode du Vedânta, Editions le Refuge du Rishi (2021)
[1] Bhagavad-Gītā-Bhāshya, XIII,13, p.349 dans la trad. d’Alladi Mahadeva Sastry.
