
Alors même que le pratiquant prend conscience que la vie se sépare du corps par le Brahma-randhra, il est dit que des représentants du Feu céleste attendront le sādhaka sous une forme subtile pour l’emmener le long des rayons du Soleil, à travers la voie intermédiaire jusqu’à l’orbe du Soleil. Là, il devra prier le Soleil de retirer son éclat extérieur d’un côté, afin qu’il puisse entrer dans sa réalité, dont la face est enveloppée par son éclat. Le chant sacré qui doit être récité à ce moment-là se trouve dans l’Īśa Upaniṣad au verset 15 et dans la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad au verset 5.14.1. Lorsqu’il a médité sur ce qu’on appelle le Sādya-Puruṣa, et qu’il a réalisé son identité avec ce Puruṣa et l’identité de ce Puruṣa avec lui-même, une petite ouverture, de la taille d’un trou adapté à l’axe d’une roue, apparaît dans l’orbite du Soleil, et c’est par là qu’il entre dans le Brahma-loka. Il est devenu ici une partie du Mental universel (Hiraṇyagarbha) et il jouit, mentalement, de tout le confort qu’il imagine. Le résultat de cet upāsanā védique, qui n’est destiné qu’à ceux qui ont une foi inébranlable dans les Écritures, dure jusqu’à la dissolution universelle (pralaya). À la fin de l’éon, si la Connaissance du Brahman apparaît, le chercheur connaît le Seigneur tel qu’Il est et est libéré, en même temps que le premier être créé, Hiraṇyagarbha, qui est à nouveau désigné comme le Mental universel, la Déité qui préside au Brahma-loka. Si, en revanche, il ne parvient pas à connaître le Seigneur et ne L’atteint donc pas durant cette période, il retourne à nouveau dans ce monde mortel, lorsqu’après le Pralaya, la Destruction universelle, il est à nouveau créé (B.G. 8.16). Ce type de libération, s’il l’atteint, est appelé Libération graduelle (krama-mukti) par opposition à la libération instantanée (sadyo-mukti), qui est le résultat direct de l’atteinte de la Connaissance (jñāna) dans cette vie même. Il convient de noter que le simple fait d’atteindre le Brahma-loka ne peut garantir la Libération, même si le verset 8.23 de la Gītā, où le Seigneur a décrit les deux voies eschatologiques, semble impliquer que ceux qui empruntent la Voie lumineuse vers le Brahma-loka n’ont pas à revenir sur cette terre. Le seul véritable critère pour ne pas revenir est de connaître et d’atteindre le Seigneur dans cette vie. Le Seigneur mentionne ces deux voies au verset 8.25, mais ajoute une qualification supplémentaire au verset 8.15 pour échapper définitivement à la renaissance, à savoir : en « M’atteignant », par opposition à l’état de retour, même à partir du Brahma-loka. Cela est confirmé comme suit :
« Ô Partha, Je suis facilement atteint par un yogi qui s’associe constamment à Moi et qui, sans distraction, se souvient continuellement de Moi. De telles grandes âmes, qui atteignent la Libération, l’accomplissement le plus élevé, en M’atteignant, n’auront pas de renaissance, qui est un océan de misère et est impermanent » (B.G. 8.14-15). »
Svāmī Ātmanāndendra Sarasvatī
